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LA NAISSANCE D'UN BÉBÉ PAS COMME LES AUTRES

LE 18/01/2021

aVANT 

PROPOS

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez probablement déjà eu connaissance, de près ou de loin, de la naissance de notre fille, Mathilde. 

Ou pas... Vous venez peut-être de perdre votre enfant et la magie d'internet vous a amené jusqu'ici pour vous montrer que vous n'êtes pas seuls à découvrir ce nouveau monde du deuil périnatal.

Ou alors vous débarquez ici par hasard, auquel cas... Vous n'avez rien à faire ici ! Non, je plaisante, vous êtes les bienvenus aussi 😉 

Vous avez été très nombreux à nous témoigner votre soutien, à partager notre peine ou encore à nous proposer votre aide ; sans ne savoir vraiment quoi faire. 

 

Nous tenons, à travers ce site web, vous livrer notre histoire, l'histoire de Mathilde. 

Et cette histoire, peu de nos proches la connaisse dans le détail. Parce qu'ils n'osent pas le demander, parce que nous n'osons pas la confier...

Car nous savons aussi que, même si pour nous notre petite fille est bien réelle, pour nombre de nos proches qui n'ont pas eu le temps de la voir, sa naissance et son décès restent flous. 

 

Or, s'il y a bien une chose qui nous tient à cœur, c'est que Mathilde prenne bien la place qu'elle mérite sur cette terre et cela même si son passage fût aussi furtif que celui d'une étoile filante.

C'est au fond, une façon de dire "au monde" que Mathilde existe, de le crier haut et fort ! 

Une façon de la faire exister, au travers de ces mots ; mais aussi de toutes les personnes qui les liront.

 

Partager avec vous ce que nous avons vécu, c'est aussi nous permettre d'alléger notre sac à dos qui pèse parfois bien lourd. Enfin, décrire le déroulé des événements vous permettra peut-être à vous de mieux réaliser ce qu'il s'est passé de notre côté. 

C'est un pont qui vous donnera un petit accès au nouveau monde dans lequel nous vivons. Un pont pour que nous puissions garder contact avec le reste du monde...

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Une dernière chose :

cette histoire, vous n'êtes pas obligés de la lire en entier. Vous n'êtes même pas obligés de la lire tout court.

C'est une histoire comme tant d'autres, mais c'est la nôtre.

Manon et Vincent

 

Notre histoire

Cette aventure a débuté le 26/04/2020

Des chiffres que nous connaissons par cœur pour les avoir répétés maintes et maintes fois aux nombreux examens de suivi (échographies, visites de contrôles, prises de sang, etc...).

Et oui, Mathilde a profité de ce fameux premier confinement pour se faufiler 😅. 

Il faut dire que nous vivions de notre côté une période rêvée. Nous pouvions poursuivre les travaux de notre maison sereinement, profiter de notre grand jardin et de la réserve naturelle qui la borde. Ce climat idyllique a dû lui paraître à son goût, puisque nous avions à peine envisager la possibilité d'avoir un enfant qu'elle s'installait déjà bien au chaud dans mon ventre !

On peut dire que nous avons vécu une grossesse parfaite. Peu de maux pourtant souvent subits par de nombreuses mamans et un bébé avec une belle croissance - et un grand fémur ! (d'après l'échographiste).

J'ai d'ailleurs pu maintenir mon activité d'éducateur canin jusqu'au 8ème mois, impliquant en moyenne 3 à 4 heures de marche par jour avec les chiens - Et oui, Mathilde savait déjà parler "chien" avant sa naissance ! 🐶

 

Après un premier rendez-vous à la clinique de Bourgoin Jallieu, nous avons finalement eu la chance d'être accepté à la Maison de Naissance de Bourgoin (PHAM). Un lieu intimiste comparé aux hôpitaux, puisque là-bas, l'accouchement physiologique dans un environnement non invasif est de mise. 

Tout au long de la grossesse, trois sages-femmes nous ont guidé et c'est l'une d'elle qui assurerait l'accouchement le moment venu. Mélanie, Camille et Quitterie nous ont fait découvrir tout un univers que nous ignorions jusqu'ici. Elles nous ont accompagné avec une extrême bienveillance. 

Nous avions rendez-vous chaque mois minimum dans l'une des chambres d'accouchement pour nos cours de préparation et nos suivis. Tous les sujets présents dans les standards de la préparation à la naissance ont été abordés mais toujours en nous amenant à trouver et formuler nos propres choix. Une belle chambre, sans lumière vive, avec un grand lit, sans matériel médical visible, une douche, une petite piscine... Sans compter le "tact" dont elles faisaient preuve en me demandant toujours mon consentement avant de me toucher. Nous nous sommes tout de suite sentis en confiance et il nous tardait de vivre cette formidable aventure, cette expérience unique. 

 
L'annonce

 

Le samedi 16 janvier 2021 à 8 mois et 3 semaines de grossesse, à mon réveil vers 5h, mon ventre restait désespérément immobile. Habituellement, après parfois 1 heure et suite à mes incessantes demandes, je percevais un coup et une belle bosse apparaissait sur mon ventre - qui ressemblait d'ailleurs plus à un ballon gonflé d'hélium sur le point d'exploser !

Mais là ; rien. Aucun mouvement, aucune bosse fièrement exposée... 

 

Inquiets, nous nous sommes rendus aux urgences sur les recommandations de Camille. Vincent s’efforçait de ne pas me montrer sa peur et ses inquiétudes ; mais ses intuitions ne lui présageaient rien de bon et le trajet jusqu'à l'hôpital lui a semblé durer une éternité.

Arrivés à l'hôpital, nous avons été accueillis par une sage-femme de garde, Ophélie. Elle s'est munit de son doppler fœtal pour écouter le cœur du bébé. Elle n'a rien capté avec son appareil. Avec bienveillance, elle nous a dit "je n'arrive pas à trouver bébé". Comme c'était le cas à presque toutes nos échographies, Mathilde avait une fâcheuse tendance à se cacher ou à ne pas se mettre dans la position adéquat. 

A ce stade, mon cerveau s'était déjà mis en "protection" et je me disais que le bébé était simplement mal positionné. Vincent lui, a tout de suite sentit que quelque chose de dramatique se profilait. Ophélie est revenue avec la gynécologue de garde, accompagnée des appareils nécessaires à l'échographie. Elle a appliqué le gel sur mon ventre, suivi de son appareil.

Après quelques secondes, elle a prononcé une phrase gravée à jamais dans nos mémoires : "non... il n'y a plus d'activité cardiaque".

Il est difficile de faire appel à nos souvenirs pour décrire nos ressentis à cet instant. D'autant que nous avons, Vincent et moi vécut chacun les choses à notre façon. 

"Cette phrase ne pouvait trouver de sens dans nos cerveaux.

Un peu comme si le système informatique avait un gros bug"

Sur le moment : l'incompréhension - cette phrase ne pouvait trouver de sens dans nos cerveaux. Un peu comme si le système informatique avait un gros bug. Les algorithmes ne pouvaient pas "traiter" l'information. On avait bien enregistré à peu près tous les risques liés à une grossesse et à une naissance (la trisomie, les anomalies cardiaques, la toxo, la mort subite du nourrisson, etc...) ; mais cette info-là, on ne l'avait pas eu… Personne n'en avait parlé. Nous voulions aussi savoir pourquoi ? On nous dit que nous pourrons demander une autopsie après la naissance.

 

Premier réflexe de ma part : enlevez-le-moi ! Je ne pouvais pas concevoir d'avoir, à l'intérieur de cet énorme ventre, mon bébé mort. Il fallait qu'il sorte ! Je voulais une césarienne.

Vincent a appelé Camille - je l'ai entendu dire "ce n'est pas mon corps...ce n'est pas à moi de décider...". Camille lui expliquait qu'accoucher par voie basse serait bénéfique à notre processus psychologique ; le après. Ophélie tenait le même discours. On nous expliquait aussi qu'une césarienne n'était pas un acte anodin, que cela pouvait avoir de lourdes conséquences pour moi.

On m'a proposé un cachet pour me calmer - je l'ai accepté.

Nous sommes restés dans cette chambre un long moment. Ophélie revenait régulièrement pour s'assurer de notre état.

J'ai accepté l'accouchement.

Il serait déclenché le lundi 18 janvier à 8h. Nous étions le samedi 16 janvier, 18h.

 

Ophélie nous a proposé de rester-là. Dans cette chambre vide et impersonnelle, placée à l'avant-poste des arrivées de toutes ces futures mamans et ces futurs papas qui arrivent pour rencontrer leur enfant pour la première fois. C'était cette chambre de pré-travail, ou bien le service maternité dans lequel sont envoyées les mamans après leur accouchement ; avec leur bébé. Un service où d'ailleurs Vincent n'aurait pas pu me suivre pour cause de Covid.

Nous avons décidé de rentrer à la maison et de ne revenir que le lundi très tôt dans la matinée.

C'est une fois arrivés à la maison que Vincent a trouvé la force de prévenir nos parents respectifs par message.

 

La maison. Notre cocon. Nous sommes sur une autre planète. Heureusement, les membres de la petite famille que nous nous sommes créés sont là. Les chats : Mini, Chaton et Poussin. Les chiens : Ficelle et Marshall.

Les réflexes cartésiens de Vincent le poussent à chercher. Pourquoi nous ? Est ce qu'il y'en a d'autres qui vivent ce que nous traversons ? Ce besoin de chiffres pour se rassurer révèlent que nous faisons partie des "environ" 1%.

 

Nos parents tentent de nous joindre. C'est difficile. Vincent parvient à répondre à mes parents parce que j'insiste pour qu'il le fasse, sans pouvoir le faire moi-même ; ils font un peu de forcing et viennent nous retrouver. Un premier pas que nous n'aurions pas pu faire ou demander - un premier "lien" avec le reste du monde ; pour nous qui venons d'être éjectés brutalement de celui-ci. 

Nous dormons dans le salon, avec les chiens et les chats. Enfin, dormir est un bien grand mot - même si une écrasante fatigue nous clouait au canapé, difficile de fermer l'œil.

Camille est venu le lendemain, le dimanche. Il neigeait ce jour-là, comme si la nature tentait d'adoucir cette attente, de nous envelopper et de faire briller de milles feux tout ce qui nous entourait. Elle nous a écouté, toujours avec douceur et bienveillance. Elle nous a expliqué comment se déroulait un accouchement "déclenché", comment tout cela se passait à l'hôpital, la péridurale, les procédures, etc... Et oui, pour nous, l'hôpital n'était pas prévu au programme. 

A la maison de naissance, on accouche avec une seule sage-femme, en douceur, sans péridurale, dans une atmosphère rassurante ; et on rentre chez soi 4h après la naissance du bébé. Notre "plan parfait" avait pris un sacré plomb dans l'aile.

To play, press and hold the enter key. To stop, release the enter key.

 
48h d'attente

 

On entend souvent qu'il n'y a rien de plus beau que de porter la vie.

Qu'une femme portant un enfant "rayonne", qu'elle est lumineuse ; porteuse de cette vie qui croît en elle.

Qu'en est-il lorsqu'on porte la mort ?

J'avais l'impression de me diriger moi-même vers l'échafaud en répétant "poussez-vous, je transporte mon bébé mort dans mon ventre" pour demander au gens de s'écarter sur mon passage.

Impossible de se regarder dans le miroir. Comme s'il y avait, sous-jacent, une certaine honte. D'où venait-elle je n'en sais rien... Honte de moi, de ne pas être parvenue au bout de ma tâche, de ma mission ; celle pour laquelle toutes les femmes sont censées réussir et exister ? 

Me regarder, c'était aussi regarder ce bébé sans vie et peut-être accepter, ou du moins réaliser les faits. J'en était incapable. Je ne voulais plus voir ce ventre énorme qui, je le sentais, perdais chaque heure un peu plus de fermeté. Sentir ce poids qui descendait, de plus en plus lourd, de plus en plus mort au fond de mon ventre.

Alors nos cerveaux ont pris le relais. Tout du long de cette expérience, je n'ai cessé d'être épatée par ces capacités remarquables de l'esprit. Le "pilotage automatique" s'est activé. Nous, nous étions sur une autre planète, dans un autre espace-temps. Nous avons laissé, et volontiers accepté, ce réflexe instinctif de survie prendre place et se mettre en route.

Un réflexe énergivore, qui puisait jusqu'au fond de nos tripes pour nous permettre de rester debout. 

 

Ces 48h sont difficiles à décrire, les sensations, les ressentis, les gestes... Le cerveau, dans son infinie perfection, se garde bien de mettre la lumière sur ce qui fait mal. Réflexe de protection oblige.

Nous retenons de ces heures d'attente un sommeil en pointillés, mais aussi une sorte de "déclic" ; quelque chose à quoi se raccrocher. Notre couple. De nature soudés et communicants, les bases de notre relation nous ont poussés à nous exprimer comme jamais auparavant vis-à-vis de nos émotions et ressentis. Une tentative, une démarche "vitale" quand tout le reste s'effondre.

Toujours est-il que nous étions attendus lundi à la première heure pour "mettre au monde" notre enfant.

Le dimanche soir vers 22h, même si je ne sentais aucune contraction, j'ai demandé à Vincent de nous conduire à l'hôpital. J'avais besoin d'être prise en charge. Que quelqu'un prenne le relais et "fasse quelque chose".

 

Ophélie était toujours là. Elle nous a installé dans l'une des chambres de pré-travail pour la nuit. Un fauteuil a été transporté pour permettre à Vincent de passer la nuit avec moi. Nous sommes restés là jusqu'au matin, entre deux mondes ; et nous avons entendu deux enfants venir au monde cette nuit-là. Des cris et pleurs qui nous rappelaient que nous n'entendrions jamais ceux du nôtre.

 

Aussi difficiles soient-elles, ces 48h nous ont permis, si ce n'est de réaliser ce qu'il se passait, au moins d'organiser nos pensées. Et nous étions résolus tous deux à une chose : accueillir notre enfant comme il se doit ; nous allions être parents ! Et en dépit des circonstances, cette histoire, et bien elle est belle.

"En dépit des circonstances, cette histoire, et bien elle est belle"

 
L'accouchement

 

Ophélie nous a installé dans la chambre (salle) de travail vers 6h30 ce lundi 18 janvier, avant la fin de son service. Elle m'a administré le premier des trois cachets, destinés à déclencher les contractions et nous a présenté à l'équipe qui allait nous accompagner tout au long de l'accouchement : Magalie la sage-femme et Jocelyne l'auxiliaire puéricultrice ; ainsi qu'une étudiante sage-femme.

Cette installation sonnait le début d'une aventure qui allait nous permettre de rencontrer enfin notre bébé. Nous ignorions toujours s'il s'agissait d'une petite fille ou d'un petit garçon.

Et si j'avais manifesté il y a encore 48h mon envie pressante de le faire sortir de mon ventre ; j'étais désormais angoissée à cette idée et j'aurais voulu le garder à l'intérieur indéfiniment. Une façon veine j'imagine, de ne pas "voir/réaliser" ce qui nous arrivait. Comme si le garder à l'intérieur de moi pouvait "annuler" son sort et le nôtre.

Nos cours de préparation nous sont revenus en mémoire et nous étions comme "conditionnés". Il fallait faire le job et nous étions déterminés à être "acteurs" de cet accouchement. Car vivre pleinement ces instants, c'était aussi grappiller comme nous le pouvions un peu d'histoire et de souvenir avec notre enfant. Nous étions donc heureux, dans l'instant présent. 

Vincent a assuré son rôle à la perfection, en me protégeant et en me rassurant. Je suis d'une nature assez sensible vis-à-vis des manipulations physiques. Il me décrivait les actions des soignants, ce qu'ils faisaient, ce qu'ils allaient faire et pourquoi.

L'anesthésiste est arrivé vers 9h30. Les contractions commençaient tout juste. D'un seul coup, quatre personnes s'afféraient autour de moi pour m'attacher les cheveux dans une charlotte, me planter des aiguilles, préparer les machines... La stagiaire m'a alors demandé si tout allait bien car ma tension s'emballait. J'ai failli lui répondre que j'étais un peu comme un "chien sensible aux manipulations" ; déformation professionnelle 😅 Heureusement, Vincent m'expliquait tout ; il était là. A tel point que l'anesthésiste a soulevé qu'il était rare que de futurs papas s'impliquent autant.

 

Magalie m'a donné le deuxième comprimé et à partir de là, les contractions se sont révélées plus fortes et de plus en plus régulières. Le temps est passé très vite. J'étais concentrée sur ma respiration, je ressentais les "vagues" arriver et l'impact qu'elles avaient à l'intérieur de mon ventre. Vincent me tenait la main, me massait... Nous étions absorbés par le moment.

Je répétais à qui voulait l'entendre, que Mélanie (une de nos sages-femmes de la Maison de Naissance), allait probablement venir. Cette perspective me réjouissait autant qu'elle me rassurait. C'est elle qui nous a accompagné depuis le début (avec Camille et Quitterie), elle nous connaît, elle connaît notre projet de naissance. Savoir qu'elle venait, c'était encore la preuve que nous étions bien de ce monde.

Elle est venue aux alentours de 12h. J'étais contente et Vincent aussi.

Je me souviens avoir demandé régulièrement à Magalie et Jocelyne, qui venaient vérifier ponctuellement que tout allait bien, de m'appeler Manon et non "Madame". 

 

Vers 13h, j'ai pris le troisième et dernier cachet. Il a eu un effet immédiat et je n'avais plus que quelques secondes entre chaque contraction. Magalie s'est même demandé s'il ne fallait pas me donner un autre cachet à l'effet inverse pour éviter que tout ne s'emballe trop. 

La douleur s'intensifiait et gagnait en profondeur. Installée immobile sur mon lit, je ne pouvais parvenir à l'atténuer et les injections via la péridurale ne suffisaient plus. J'ai demandé un "shoot" supplémentaire qui m'a soulagé quelques instants. Puis la douleur est revenue, intense et ingérable. Je disais à Vincent "dis-leur de venir, leur fichue machine de marche pas !". 

Il s'avère qu'en forçant les paramètres de la machine, les soignants avaient omis de la remettre en route et je n'avais plus de calmant du tout. Vincent s'était rendu compte de l'arrêt de la machine en appelant Magalie, et il s'était bien gardé de m'en informer pour éviter toute crise de panique 😏

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Tout est revenu dans l'ordre avec un timing parfait. 

Vers 14h15, j'ai indiqué à Magalie que je sentais la tête du bébé appuyer sur mon col. Elle m'a confirmé que nous allions nous "mettre en place pour le travail". C'était le moment, et aucun retour arrière n'était possible - même si je tentais de toutes mes forces d'invoquer une sorte de "miracle" pour que les choses soient différentes...

Vincent à ma droite, Jocelyne à ma gauche, et Magalie en face de moi, entre mes jambes. Je me souviens qu'il m'était difficile de savoir si mes poussées avaient le bon impact à cause de la péridurale. Vincent me guidait en observant sur le visage de Magalie ; elle lui faisait signe quand je parvenais à pousser de la bonne façon.

En peu de temps, j'ai senti la tête passer. Et soudain, j'ai eu un vrai moment de panique. Je réalisais que mon bébé sortait, ce que cela impliquait et j'étais terrorisée. 

Magalie m'a interpellé, elle a plongé son regard dans le mien et cette échange restera à jamais gravé dans ma mémoire. Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Le regard de cette femme m'a "attrapé" alors que je partais à la dérive, elle ma reconnectée à l'instant présent, pour me permettre d'accomplir ce qui devait être fait et mettre au monde notre enfant.

 

Puis d'un coup, un poids c'est échappé de mon corps. Un poids que j'aurais aimé garder pour toujours à l'intérieur de moi. J'ai demandé "Il est sorti ? Il est sorti ?". Aucune réponse. Magalie a demandé à Jocelyne de la rejoindre et j'ai aperçu un regard inquiet. Je me suis alors demandé ce qui pouvait être pire qu'un bébé mort. En une fraction de seconde, des images toutes plus horribles les unes que les autres ont traversé mon esprit.

Il était 15h00, j'avais cette énorme horloge devant moi et ces petits points rouges qui flottaient sous mon regard.

Jocelyne m'a brièvement rassuré, puis elles sont parties toutes deux avec notre bébé.

 

On est resté là, en nous tenant les mains. Moi les jambes écartées en l'air et Vincent, toujours à ma droite ; en nous demandant ce qui allait se passer. Le bébé était sorti de mon ventre ; et maintenant ?

Magalie est revenue assez rapidement pour m'aider à évacuer le placenta. A peine était-elle arrivée que j'ai sentit un "plouf" tomber dans le bas de mon ventre. La seconde suivante, il était sorti lui aussi. Mon ventre n'abritais désormais rien d'autre que mes entrailles.

Elle nous a prévenu que nous attendions maintenant le gynécologue, qui devait venir me faire des points. Je l'attends encore. 

Il y avait une autre femme qui accouchait à peu près en même temps que moi. Peut-être qu'elle et son bébé nécessitaient une plus grande attention ; peut-être que c'est la charge de travail, insoutenable dans la plupart des hôpitaux, qui l'a empêché de venir ; peut-être que, puisque mon bébé était mort, il était inutile de se déplacer... ​

Magalie et Jocelyne, elles, étaient sur tous les fronts et ne manquaient pas d'attention pour nous. Vers 15h30, c'est finalement Magalie qui m'a fait les points nécessaires pour me permettre de revenir dans une position plus confortable. Une position qui nous permettrais enfin de le voir de nos yeux ; cet être, qui n'existait jusqu'ici que dans nos esprits ; que nous avions créé et que mon corps venait d'expulser ; j'en avais l'impression ; sans mon consentement.

 

Pendant ce laps de temps, nous fixions, hébétés, la porte par laquelle elles avaient emmené notre bébé. 

Elles nous avaient expliqué que nous avions le choix de le voir dans le berceau, ou non ; de le prendre dans nos bras, ou non ; et aussi de changer d'avis chaque minute.

Elles nous ont aussi précisé les raisons du "temps de pause" au moment de la délivrance. Le cordon de Mathilde était tellement serré autour de ses chevilles que Magalie, seule, ne parvenait pas à défaire le nœud. C'est pourquoi elle a demandé à Jocelyne de l'aider. Ce serait peut-être une raison éventuelle de son décès ; ou peut-être pas... Nous n'aurons jamais aucune garantie à ce sujet.

Je n'attendais finalement qu'une seule chose : voir mon bébé.

"Vos enfants ne sont pas vos enfants,

ils sont les enfants de la vie"

K. GIBRAN

 
La rencontre

 

Nous ne savions toujours pas s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon. Nous avons donc demandé à Magalie de prendre notre bébé dans ses bras pour le mettre dans les miens et de nous annoncer dans le même temps quel était son sexe.

Et vous savez quoi ? Ce n'est pas un mythe cette histoire de plus beau jour de votre vie. Cette annonce, cette première rencontre, ce premier contact... Une fille !!!! Nous l'espérions tellement l'un et l'autre.

Une joie infinie nous a envahit et cela restera, je crois, le plus beau souvenir de nos vies.

Mathilde. Il n'étais même pas dans le top de nos listes de prénoms. Allez savoir pourquoi, c'est celui-ci qui est sorti 🙂 

Le temps était comme figé. Elle était dans mes bras ; là ; réelle, et tellement belle.

Oui parce que, ça aussi ce n'est pas qu'un mythe : avant d'accoucher, il était rare que je trouve un bébé beau. Souvent, c'est fripé, c'est rouge...On a déjà vu plus élégant ! 

Mais là bien sûr, en toute objectivité : une merveille ! 😉 3,190kg pour 51cm.

Des mensurations parfaites. De grandes mains, des joues rondes, de grands yeux et une bouche tellement bien dessinée.

Plus rien d'autre n'existait.

 

Et pourtant... au bout d'un certain temps, j'ai senti son poids dans mes bras, pas un poids ferme et vivant, mais un poids lourd et mort. Il était temps. Temps de la remettre à Magalie. 

Nous avons demandé à la revoir une dernière fois avant de partir de l'hôpital 4h après l'accouchement. Nous lui avons parlé, prise en photo, nous l'avons caressé.

Magalie, Jocelyne et Mercedes, la sage-femme coordinatrice, sont revenues auprès de nous avant notre départ. Toute cette équipe a été incroyablement bienveillante et attentionnée à notre égard. Je me souviens parfaitement de la première phrase de Mercedes en arrivant dans la chambre : "qu'est ce qu'elle vous ressemble !" - en s'adressant à moi. Mon ego de maman s'est gonflé à bloc !

Nous étions heureux.

 
L'après

 

Rentrer à la maison, seuls ; enfin seuls humains. Notre tripotée de poilus était comme toujours fidèle au poste. Les souvenirs deviennent de plus en plus flous de cet "après". Nous avons dormis encore une bonne semaine dans le salon avec nos animaux.

Camille est venue de nombreuses fois dans les semaines qui ont suivis. Chargée de soutien, d'affection et de conseils liés au "post-accouchement". La montée de lait, sans bébé pour s'abreuver ; la sensation d'être comme "disloquée" du bassin ; les pertes de sang par litres ; la gestion de nos émotions et les soulagements prodigués par l'acupuncture qu'elle pratique.

Vincent est rapidement retourné "dans le monde" ; c'est ainsi que j'appelait tout l'environnement qui s'étendait au delà des 20 cm autour de notre clôture ; et il s'est attelé à des tâches que nous n'avions jamais envisagées.

Ainsi, il a donc fallut faire des choix et entamer de nombreuses démarches :

  • Faire pratiquer une autopsie : non, si j'étais bien certaine d'une chose, c'est que je ne voulais pas qu'on "dissèque" ma fille. Qui plus est, les résultats qui arrivent 3/4 mois après, s'avèrent infructueux dans 50% des cas. 

  • La laisser à l'hôpital ou l'emmener aux pompes funèbres : l'hôpital pouvait la garder jusqu'à 10 jours et c'est un homme prénommé Jérôme qui s'est occupé d'elle, en l'entourant notamment de quantité de peluches pour lui tenir compagnie.

  • La laisser emmaillotée dans un linge ou l'habiller : nous lui avons mis ses petits chaussons en forme de chien que je trouvais trop mignons, un beau body offert par sa Mamouche et un pyjama tout doux offert par sa Mamie.

  • Enterrement ou incinération : l'incinération était une évidence pour nous, notre souhait principal étant de pouvoir récupérer les cendres pour les disperser dans un lieu qui nous tient à cœur. Se rendre aux pompes funèbres, remettre des documents, signer un devis... 

  • Déclaration auprès de la Mairie et inscription sur notre livret de famille avec tous ses prénoms : Mathilde Hélène Paulette CORNEILLE GIMZIA.

  • Récupérer à l'hôpital tout un tas de documents administratifs.

 

Restait la question d'une éventuelle cérémonie. L'hôpital nous a prévenu que le corps de Mathilde, même conservé dans de bonnes conditions, risquait de changer rapidement. Ils disposent d'une pièce permettant le recueillement auprès du défunt sur place. 

Nous avons décidé de proposer à nos proches qui le souhaitaient de venir rencontrer Mathilde le jeudi 21 janvier, deux jours après l'accouchement. 

Nous avions jusqu'ici tellement bien réussi à conserver uniquement les beaux moments. Nous avons eu la chance de vivre un accouchement sans encombre, nous avons pu être "acteurs" et nous avons rencontré notre fille. C'est tout ce que nous souhaitons retenir de ce moment.

Ha ! Ces fameuses ressources insoupçonnées de notre cerveau ! J'aurais presque envie de pouvoir remercier nos esprits d'avoir su prendre ce chemin. La perspective de voir se refléter la douleur et la souffrance dans les yeux de nos proches nous angoissait. Je pense que nous avions peur de nous écrouler au moindre vacillement. Si vacillement il y avait, il n'y aurait pas de remontée possible. 

Nous leur avons donc précisé qu'ils venaient pour eux avant tout ; et que nous avions organisé les rencontres avec Mathilde de sorte que nous serions, Vincent et moi, les premiers à aller la voir. Ils arriveraient ensuite, nous permettant, en fonction de notre état et du leur, de décider de se saluer ou non.

Le jour J, alors même que je ne supportais rien d'autre qu'un pyjama ample depuis 2 jours (et pour les 15 suivants !), il fallait que je me fasse belle. Nous allions "présenter" notre fille au monde. De surcroît, nous n'avions qu'une seule occasion de le faire. Mascara, rouge à lèvres, collants, robe, parfum... J'étais prête, Vincent aussi. Nous avons pris son doudou "chien pourri", qui restera avec elle jusqu'au bout.

 

J'ai pu remercier Jérôme en personne (Vincent l'avait vu avant moi lors des démarches administratives) de prendre tant soin de notre petite fille. Je serrais le doudou "chien pourri" dans mes bras comme si ma vie en dépendait. Jérôme nous a accompagné jusqu'au berceau de Mathilde. Ses traits avaient changé. Elle était froide et dure. J'ai rapidement fait appel à ma mémoire, qui m'a gentiment ramené ces images du jour de l'accouchement, ce contact chaud et cette "lumière". 

Je lui avait écris une lettre. Incapable de lire les mots sur l'instant, c'est Vincent qui s'est chargé de les lui lire. J'écoutais ses paroles et je la regardais ; puis j'ai posé ma main sur son si joli pyjama. J'ai commencé à lui parler ; de tout, de rien ; de notre vie, des membres de notre famille. Plus rien ne pouvait m'arrêter ; et si Vincent ne m'avait pas tendrement posé ma veste sur mes épaules et pris mon bras ; je serai encore là-bas auprès d'elle.

 

C'est la dernière fois que nous l'a verrions "en vrai". Nous le savions tous les deux. Il était temps cette fois de laisser la possibilité à nos proches de la rencontrer à leur tour. Ses grands-parents, tantes et oncles et aussi deux amis, à qui nous avions demandé le jour suivant l'accouchement, de devenir les parrains de Mathilde ; ce qu'ils ont accepté fièrement pour, encore une fois, notre plus grand bonheur.

Certains ont pu venir, d'autres pas. Nous les avons finalement retrouvé plus tard, sur le parking de l'hôpital. J'avais besoin de les voir ; de voir mes sœurs. Je savais qu'il était important que je le fasse ; que j'établisse ce premier contact ; avant que mes réflexes de protection ne me poussent à me recroqueviller sur moi même comme un petit animal blessé. 

En arrivant à leur rencontre, j'ai affiché mon plus beau sourire ; ils ont fait de même et je leur en suit infiniment reconnaissante. Nous avons ri. Vous savez, comme quand on ri un peu trop fort, un peu pour rien et vraiment beaucoup...

"Les rires ce sont les larmes qui se consolent toutes seules"

"Vivez encore, toujours, vivez de plus en plus et surtout

ne vous faites pas mal et ne perdez pas le rire"

C. BOBIN

Ces rires nous ont accompagné ce jour-là et les suivants. Une forme d'exutoire comme une autre, qui a tout de même le mérite de ne pas nous faire sombrer. Néanmoins je vous laisse imaginer ce que ça peut donner quand on a un périnée qui vient de faire les JO du grand écart... Les pleurs n'étaient bien sûr pas en reste ; et les courants de cette tempête océanique nous faisaient chavirer d'une forme à l'autre. Des moyens d'expression beaucoup plus proches qu'il n'y paraît.

 

Les semaines sont passées, le lait s'est tari, le corps se reforme et les esprits tentent de suivre le mouvement des vagues comme ils peuvent.

Vincent a repris le travail 4 semaines après l'accouchement. D'abord en télé-travail, puis de nouveau les déplacements ; loin de notre nid, qui me semblait vidé de son essence.

Après 11 semaines : le fameux "retour de couche", qui tenait plus d'une hémorragie ; accompagné , sinon c'est moins drôle, d'un Festival du 14 Juillet organisé par mes hormones. À l'heure actuelle, je ne m'imagine pas encore mettre mon énergie ailleurs que dans la seule fonction de tenir debout, d'orienter mes pensées, de maintenir le cap à bord de mon rafiot rafistolé.

Nous irons bientôt disperser ses cendres. Cette étape de plus, organisée un peu comme un pèlerinage, sera peut-être celle qui m'incitera à retourner "dans le monde"...

Nous avons décidément beaucoup de chance : nous sommes extrêmement bien entourés ; nous vivons dans un cadre enchanteur qui me permet chaque jour de me ressourcer au cœur de la forêt ; et nous ne nous sommes jamais tant aimés, soutenus et sentis forts ensemble.

Rester dans l'instant présent ; avancer un pas après l'autre ; se découvrir, au plus profond de soi. Nous ignorons de quoi demain sera fait. Vie professionnelle, famille, vacances (loin !) peut-être ? Nous restons concentrés. Tels des marathoniens qui entament tout juste la plus grande course de leur vie ; et qui ont la chance d'avoir des proches présents, pour ramasser nos bouteilles d'eau et nous ravitailler quand nous en avons besoin.

 

Nous nous sommes tout de même fait un cadeau mutuel. Deux superbes bagues en or blanc avec chacune un saphir très clair. Gravé à l'intérieur : "Mathilde - 18/01/2021". Une maigre consolation qui nous permet toutefois de concentrer nos pensées sur un bel objet. On peut les regarder, les toucher, nous les portons sans jamais les ôter. Je crois qu'on appel ça une sorte de "transfert".

Le jour même où nous les avons récupéré, nous avons constaté en arrivant à la maison que la mienne avait perdu un des petits diamants qui entourent le saphir. Le bijoutier nous a certifié que cela était très rare, mais que cela pouvait se produire. Nous sommes désormais coutumiers des événements qui ne se produisent que rarement. L'avantage avec la bague, c'est qu'elle, on peut la réparer.

 

J'ai mis des semaines à rédiger ces lignes. Petits morceaux par petits morceaux. A l'heure où j'écris ces mots (le 8 avril 2021) nous commençons tout juste à comprendre que cette histoire n'aura jamais de fin. La course sera longue et il s'agit de tenir sur la durée. 

Elle aurait aujourd'hui près de 3 mois. Et pourtant, j'ai l'impression qu'elle aura bientôt 1 an. Cela fera bientôt 1 an que nous songeons à elle ; bientôt 1 an qu'elle s'est installée au chaud dans mon ventre et dans nos esprits ; 1 an que nos pensées et nos actes convergent tous vers un seul point : devenir parents. La tâche ne nous apparaissait alors pas aussi difficile qu'elle l'est devenue. Mais comme on dit : "On ne naît pas parent, on le devient". Alors nous apprenons chaque jour un peu plus.

Il n'y a pas de deuil "à faire". Nous serons toute notre vie endeuillés par la perte de notre fille. 

Il est important je pense, de prendre le temps de traverser tout cela. C'est en tout cas ce que nous tentons d'apprendre et d'appliquer chaque jour. D'une certaine façon, se laisser traverser par toutes ces émotions, les vivre et les "sentir" ; les bonnes pensées, mais aussi les mauvaises auxquelles il est préférables de ne pas s'accrocher ; c'est aussi une façon de vivre cette histoire avec elle - de ne pas la bâcler... C'est tout ce qu'il reste.

Enfin pas que. Toujours plein de ressources, nous pouvons aussi nous raccrocher à quelques bribes de souvenirs. En nettoyant la voiture l'autre jour, j'ai retrouvé un vieux ticket de parking de l'hôpital daté du 16/01/2021 ; le jour où son cœur a cessé de battre. Je me suis surprise à le ranger délicatement ; une envie soudaine de le conserver religieusement ; comme une bête rachitique et affamée qui grappillerait tout ce qu'elle trouve pour subsister et survivre.

"En naissant, notre fille nous a fait, je le crois,

renaître dans une meilleure version de nous-même"

Mais au fil du temps, il me plaît de penser, que la douleur et les cicatrices (tant émotionnelles que physiques) seront moins vives, toujours présentes mais moins "brutes". 

Et même si nous éprouvons un chagrin incommensurable ; ce que nous retenons par dessus tout ; c'est la beauté et la Joie que Mathilde alimente chaque jour dans nos esprits. Elle agit, telle une lumière intérieure et nous choisissons allègrement cette possibilité de prendre, nous aussi, cette part de bonheur auquel tous les parents ont droit. 

En naissant, notre fille nous a fait renaître dans, je le crois, une meilleure version de nous même.

Et elle est là. Avec nous à jamais.

Et maintenant, elle est même peut-être, un peu avec vous...

Je crois prendre conscience aujourd'hui de tout ce qu'implique être une Femme. En tant que telles, nous incarnons à nous seules ce cycle de "Vie - Mort - Vie" dont parle Clarissa Pinkola Estès dans son livre "Femmes qui courent avec les loups". L'aspect "Mort" étant bien moins facile à assumer que l'aspect "Vie". Pour autant, elle fait partie du cycle ; qu'on le veuille ou non.

Mathilde vient ainsi de nous prouver que oui, la mort aussi peut être belle. Déchirante, mais belle.

To be continued...

Quelques trucs en +

Mathilde en images

Pour ceux qui ont envie de la voir, nous avons choisi d'exposer ici les traits du visage de Mathilde

Nourrir l'âme

Quelques livres qui sont "tombés à pic" et qui nous ont aidé à maintenir le cap

#cebébéexiste

Pour que tous les bébés qui ne sont plus de notre monde puissent "exister"...